Les mythiques préparations physiques de Robert Duverne à l’Olympique Lyonnais

De Robert Duverne, le grand public se souvient surtout du lancé de chronomètre lors de la grève des joueurs de l’équipe de France à Knysna. Un jet qui pourrait lui valoir une médaille d’or si jamais cette discipline devenait olympique mais là n’est pas le sujet. Avant d’être le préparateur physique de l’équipe de France, Robert Duverne a surtout été un grand artisan de la période de domination de l’OL sur le football français. Retour sur son parcours et ses méthodes.

Les débuts à l’Olympique Lyonnais

Robert Duverne est un footballeur amateur reconverti. Joueur à Saint-Victor-de-Cessieu, petit club isérois, il passe une maîtrise en STAPS afin de se rapprocher de son rêve de football professionnel. Un an plus tard, en 1991, il devient le préparateur physique de l’Olympique Lyonnais. Jean-Michel Aulas en est le président depuis quatre saisons et le club se structure peu à peu, grâce notamment à l’accession en 1ère Division obtenue en 1989 sous la houlette de Raymond Domenech.

A l’Olympique Lyonnais, Robert Duverne va rester en poste de 1991 à 2009. Il reste malgré les nombreux changements d’entraîneurs qui agitent la vie du club. Il travaille ainsi sous la houlette de huit techniciens, de Domenech à Claude Puel, en passant par Bernard Lacombe ou Gérard Houllier. Seule pause entre 1993 et 1995 lorsque Jean Tigana prend les rênes du club et débarque avec son staff technique. Cette longévité et la confiance accordée par les différents entraîneurs du club sont une preuve de la compétence du bonhomme et des résultats que son travail a permis d’obtenir. Mais à quoi ressemblaient les préparations physiques de Robert Duverne ?

Arrivé en 1991, c’est en 1998 qu’il intronise le stage d’avant-saison à Tignes. Celui-ci est depuis devenu une tradition lyonnaise. Un stage où l’on se prépare physiquement pour affronter la longue saison qui attend le club. Rappelons que l’Olympique Lyonnais dispute la Coupe d’Europe tous les ans depuis 21 saisons. Ce sont donc 50 à 60 matchs par an qu’il faut se préparer à disputer.
En quoi consiste ce stage de préparation physique à Tignes ? Des courses répétées ? Des exercices fractionnés ? Un peu de tout ça et bien plus encore. Les joueurs devaient notamment affronter la montée du col de l’Iseran, un grand classique du Tour de France véritable cauchemar pour certains comme Juninho et Caçapa qui ne parvenaient pas à passer les vitesses, et donc à avancer sur ces reliefs montagneux. On est bien loin de la méthodologie intégrée défendue par Leonardo Jardim et d’autres techniciens qui se concentre à 100% sur le travail avec ballon, même pour les exercices physiques.

Sept titres d’affilée avec l’OL et des débuts réussis en Bleu

Ces préparations difficiles ont été un des facteurs de la réussite lyonnaise lors des deux décennies 1990 et 2000. De promu, l’OL est passé au rang de club dominateur du football français avec sept titres de champion de France d’affilées entre 2002 et 2008. Une des raisons du succès ? Les fins de saison canon de l’OL.

Lors de la saison 2001-2002, l’OL réalise un bon début de saison. A mi-parcours, Lyon compte 33 points en 17 journées et ne pointe qu’à 2 longueurs du leader lensois. Cependant, l’hiver va être très difficile pour l’OL. Pendant le RC Lens enchaîne une superbe série de 6 matchs sans défaite, Lyon s’incline par deux fois et laisse filer le club nordiste. A 10 journées de la fin, les jeux semblent être faits car Lens compte 8 points d’avance sur Lyon. C’est alors que la préparation physique de Robert Duverne va faire son effet. L’Olympique Lyonnais termine le championnat en boulet de canon. A partir du mois de mars, les joueurs de Jacques Santini réalise un bilan quasi-parfait : 4 victoires, 1 match nul et 1 défaite. Ils se retrouvent à seulement 1 point du RC Lens à l’entame de l’ultime journée du championnat qui les voient affronter… le RC Lens à Gerland. Des buts de Sidney Govou, Philippe Violeau et Pierre Laigle font la différence et grâce à sa fraîcheur physique en fin de saison, l’OL remporte le premier titre de son histoire.

L’année suivante, l’OL réalise à nouveau une fin de saison canon pour souffler le titre de champion au nez et à la barbe de l’AS Monaco. Défait par l’équipe de la Principauté lors de la 26ème journée, l’Olympique Lyonnais pointe alors en 5ème place du classement. Les Lyonnais ne perdront plus ensuite dans les matchs qui comptent. Jusqu’au titre acquis lors de l’avant-dernière journée sur le terrain de Montpellier, les hommes de Paul Le Guen vont enregistrer un bilan quasi parfait de 8 victoires et 3 matchs nuls. Encore une fois, la préparation physique a permis de finir la saison très fort.

En 2006, en parallèle de son poste à l’Olympique Lyonnais, Robert Duverne devient également le préparateur physique de l’équipe de France. Il retrouve Raymond Domenech qui sélectionneur des Bleus depuis deux ans. Il vient notamment préparer la Coupe du Monde 2006. Une compétition presque parfaite puisqu’après un premier tour poussif, les Bleus atteignent la finale du Mondial. On retrouve là encore la patte Robert Duverne avec notamment des vétérans (Zidane, Thuram, Vieira) qui retrouvent leurs jambes de 20 ans et marchent sur la compétition. Suite à la Coupe du Monde, Duverne poursuit l’aventure en Bleu et devient même préparateur de l’équipe de France à temps plein en 2009. Jusqu’à la fameuse grève de Knysna.

Des méthodes de préparation en doute et un rebond à l’Impact Montréal ?

Après les Bleus, Duverne retrouve le football de club. D’abord à Arles-Avignon, en tant qu’entraineur adjoint, puis à Aston Villa avec Gérard Houllier. Il retrouve finalement son poste de préparateur physique à l’Olympique Lyonnais en 2011. Ses méthodes semblent cependant un peu dépassé. En octobre 2013, il est même accusé d’être l’un des principaux responsables de l’hécatombe de blessures à l’Olympique Lyonnais. Nombre de joueurs subissent des blessures musculaires aux ischio-jambiers. Miguel Lopes, Henri Bedimo, Mila Bisevac, Mouhamadou Dabo, Samuel Umtiti, Bakary Koné, Yoann Gourcuff ainsi que Gael Danic (adducteurs pour lui) sont sur le flanc et la préparation physique est clairement pointée du doigt. Si Duverne se défend en dénonçant une préparation tronquée et des joueurs obligés de jouer bien que pas à 100% physiquement, le mal est fait. Quelques mois plus tard, son contrat n’est pas reconduit.

Après des expériences rapides dans différents clubs de France et d’ailleurs (Metz, Aston Villa, Lens), Duverne finit par rebondir en janvier 2018. Il retrouve Rémi Garde pour une nouvelle aventure en Major League Soccer, à l’Impact Montréal. Un nouveau pays et une nouvelle ligue pour éprouver à nouveau ses méthodes. Les joueurs de l’Impact seront-ils au top physiquement au moment des Playoffs ? Comme le dirait Laurent Paganelli, “en tous cas, on te le souhaite”.

Crédit photo de couverture : Machasse6